Benjamin Delessert

Les Delessert sont issus d’une ancienne famille protestante originaire du pays de Vaud, en Suisse.

Le premier Delessert qui vint en France se nommait déjà Benjamin (1690-1765) et il créa une maison de commerce de soieries à Lyon dans les années 1720. Son fils et successeur, Étienne (1735-1816), ouvrit une succursale à Paris en 1777 (rue Mauconseil, près de la rue Montorgueil. Puis en 1786 rue du Coq-Héron) et s’y installa. Adepte modéré de la Révolution, Étienne fut emprisonné pendant la Terreur et échappa de peu à la mort. Il fut le véritable pivot d’un clan qui compta beaucoup en France au XIXe siècle. Trois de ses fils en effet occupèrent des postes éminents dans l’industrie, la finance, l’armée, la politique et l’administration. Les frères de Benjamin, François et Gabriel, tous deux plus jeunes que lui, s’illustrèrent dans la vie publique ou continuèrent en grande partie son œuvre.

Jules-Paul-Benjamin Delessert est né le 14 février 1773 à Lyon. Il fit ses études d’abord à Genève. Mais très vite son père l’envoya en Grande Bretagne où il suivit les enseignements d’Adam Smith et de David Hume et où il assista aux expériences de Watt sur les machines à vapeur. En 1795 – il n’est âgé que de 22 ans - son père Étienne, malade, éprouvé par l’épisode révolutionnaire, lui transmet les rênes  de l’entreprise familiale. Celle-ci s’occupe alors à la fois de négoce et de banque. Son activité est également industrielle, puisque à Passy, à côté d’une manufacture où fonctionne une des premières filatures mécaniques de coton, Benjamin est pionnier en matière d’industrie du sucre de betterave. À ce titre Napoléon lui donna en 1812, lors d’une visite dans l’usine, sa propre légion d’honneur. Le sucre de betterave en effet suppléait le sucre de canne dont la France était alors privée à cause du blocus. Cette activité prospéra jusqu’à sa mort en 1847. Ses activités furent également de banque (il finança Louis XVIII et Louis-Philippe) et de commerce (commerce de denrées coloniales). Il fut régent de la Banque de France dès 1802 et s’y montra très actif pendant 45 ans. Benjamin amassa tout au long de sa vie une fortune considérable. À sa mort elle était estimée à 11 millions de francs-or (l’équivalent de 2 tonnes d’or). 

C’est cependant pour son activité politique et surtout pour son activité philanthropique que Benjamin Delessert est connu. Défiant à l’égard de Napoléon, il le soutint pourtant pendant l’épisode des cent jours. Il fut député de la Seine de 1817 à 1824, puis de 1827 à 1842. En juillet 1830, il figurait parmi les députés qui signèrent avec Guizot une protestation contre les ordonnances. Vice président de la Chambre, il était « juste milieu » et son activité politique tourna essentiellement autour des questions de morale et d’amélioration sociale (combat contre les jeux et les loteries, assistance aux enfants trouvés).

Tout au long de son existence, il multiplia les initiatives philanthropiques. Dès 1795 il est administrateur du bureau de bienfaisance du quartier du Mail. En 1800 il crée le premier fourneau économique Rumford, l’ancêtre des soupes populaires. Puis la Société philanthropique (1802), dont le but est de promouvoir toutes inventions ou innovations sociales susceptibles d’aider les pauvres : création de dispensaires, patronage de sociétés de secours mutuels, etc. Il siège au Conseil général des hospices, à la Société royale pour l’amélioration des prisons. Il pense qu’il faut non pas assister, mais aider l’ouvrier ou l’indigent réduit à son état par l’industrialisation naissante. On est loin de la conception ancienne de la charité où le pauvre était considéré comme responsable de son état. Dans ces conditions, l’émancipation intellectuelle et financière des classes pauvres reste pour lui une priorité, le fil rouge de toute sa vie de philanthrope. En 1801, il crée la société d’encouragement pour l’enseignement industriel. Dès les débuts de la Restauration il fait partie des initiateurs de diverses méthodes d’enseignements populaires, il siège au Conseil de perfectionnement des Arts et Métiers. 

Dans ce contexte, c'est la création de la Caisse d’épargne de Paris, en 1818, qui constitue son œuvre principale. Précédée de diverses tentatives familiales de même nature dès avant la révolution, très influencée en particulier par la Caisse d’Édimbourg qui la première met en place un système de dépôt et de retrait simples et rapides des fonds, l’idée  de la Caisse d’épargne est éloignée de tout principe de charité. Elle constitue un acte de foi en l’homme et en sa capacité à faire des efforts pour améliorer sa situation. La pédagogie financière, les notions de prévoyance, de lutte contre le paupérisme, de protection sociale, mais également le souci de prémunir la société contre l’instabilité sociale, sont immédiatement au cœur du projet qu'il promeut auprès de ceux qui en seront les premiers administrateurs, tous banquiers comme lui. À la suite de son ami, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, il prend la présidence de la Caisse d’épargne en 1829 et ne la quittera plus. Jusqu’à sa mort, en 1847, il accompagne le dévelopepment des Caisses d'Epargne en France, défend maintes fois leur cause à la chambre des députés, fait voter en 1835 la première loi organique qui définit leur statut, lmilite por que les fonds des déposants soient placés sous la garantie de l'Etat et gérés par la Caisse des dépôts et consignations.Benjamin Delessert sur son balcon

Bien que sa vie ait été comme on le voit très variée, Benjamin Delessert a toujours considéré  l’invention des Caisses d’épargne comme son grand oeuvre. Dans son testament, en effet, il demanda que ne figure sur sa tombe qu’une inscription : Ci-gît l’un des principaux fondateurs des Caisses d’épargne en France.

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