1818 : fondation de la Caisse d'Epargne

L’épargne et la prévoyance : philanthropisme et ordre social

La période des Lumières a mis en avant les concepts d’épargne et de prévoyance, et les a dotés de vertus politiques. De fait, les fondateurs de la première Caisse d’Epargne auront à cœur de lutter contre le paupérisme et de consolider l’ordre social. Cette continuité des idées s’explique en partie par la présence d’hommes qui portent et diffusent ces idées au-delà de la période révolutionnaire. Ainsi, parmi les noms de créateurs de la Caisse d’Epargne de Paris apparaissent certains noms de fondateurs de l’éphémère "Compagnie royale d’assurances sur la vie".

1787 : première expérience de prévoyance

En 1787, le banquier Etienne Delessert, père du futur fondateur de la Caisse d’Epargne de Paris, le baron Benjamin Delessert, est le premier dirigeant de la "Compagnie royale d’assurances sur la vie". Accompagnée d’un monopole royal, cette compagnie propose différentes formules d’assurance au public. Des noms célèbres apparaissent parmi la liste des actionnaires et des administrateurs : Clavière, Condorcet, Talleyrand, Brissot et Mirabeau. 1789 et la Révolution française rendront cette expérience très éphémère. En 1793, la Compagnie est dissoute. Première tentative de création d’une institution de prévoyance, elle  peut cependant être considérée comme "l’ancêtre direct de la Caisse d’Epargne de Paris".

Naissance de la première Caisse d’Epargne en 1818

La première Caisse d’Epargne et de prévoyance est créée à Paris le 22 mai 1818. Prenant la forme d’une société anonyme, l’acte constitutif est passé devant le notaire Colin de Saint-Menge. Il comporte vingt signatures. Presque tous les fondateurs sont des banquiers. Des noms prestigieux apparaissent sur l’acte de fondation : Jacques Laffitte, gouverneur de la Banque de France, Hottinguer, Benjamin Delessert. Vingt administrateurs de la "Compagnie royale d’assurances maritimes", créée en 1816 par le banquier Jacques Laffitte. Le 29 juillet de la même année, une ordonnance de Louis XVIII autorise la "société anonyme formée à Paris sous le nom de Caisse d’Epargne et de prévoyance". Le 14 septembre, La Caisse se donne un conseil de vingt-cinq directeurs, composé des 20 signataires de l’acte du 22 mai, avec cinq personnalités marquantes, dont Auguste, baron de Staël, fils de Corinne de Staël et petit-fils de Necker ; et François Alexandre Frédéric, duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Grâce à cette nouvelle institution, les fondateurs entendent ainsi offrir au plus grand nombre les moyens de bien utiliser leur argent. En éduquant chaque citoyen aux bienfaits de l’épargne, ils ambitionnent de changer l’homme, de l’émanciper de toute dépendance matérielle, au bénéfice futur du bonheur individuel et collectif. A une époque où il n’existe aucun organisme de dépôts ouvert à tous – la Haute banque n’est accessible qu’aux plus fortunés –, les fondateurs destinent la nouvelle institution aux travailleurs modestes, comblant ainsi un manque dans le paysage économique français.  La création de la Caisse d’Epargne marque l’avènement de la démocratisation financière. Leur projet est aussi de nature pédagogique. Pour changer l’homme, il faut l’éduquer. L’éducation à l’épargne, l’alphabétisation monétaire constituent des éléments clefs de leur projet.

Pour concrétiser l’acte d’épargne, et sa pédagogie,  dont ils se font les apôtres, ils créent un instrument financier novateur, ouvert à tous sans exclusive d’âge ni de sexe (il est accessible aux femmes et aux enfants mineurs), très simple d’utilisation et portant intérêt : le livret d’épargne (livret A), petit carnet destiné à conserver la trace des versements, retraits et intérêts perçus par son titulaire.

 


Pour en savoir plus sur l'histoire des Caisses d'Epargne :

Histoire sociale et culturelle des Caisses d'Epargne en France (Carole Christen-Lécuyer, Economica, 2004)

Les Caisses d'Epargne ( Daniel Duet, Que sais-je? PUF, 2004)

Les métamorphoses de l’Epargne (Laure De Llamby, Découvertes Gallimard, 2003)